Villes intelligentes : Photo de Takashi Watanabe

mardi 15 septembre 2020

Améliorer l’assainissement et la salubrité – pour des réseaux d’infrastructure intelligents. Interview d’Ariel Stern, CEO d’Ayyeka Technologies

Assainir les villes est une urgence, surtout vu l’expansion galopante des zones urbaines à travers le monde. Dans les pays émergents, notamment en Afrique et en Asie, près de 2,5 milliards d’êtres humains auront migré vers les villes d’ici 2050. En 2018, 4,5 milliards d’habitants (soit 61 % de la population mondiale) n’avaient pas d’accès satisfaisant à des services d’assainissement correctement gérés. La salubrité est essentielle à la santé, à la croissance économique et à la productivité en général. Voilà pourquoi l’assainissement des villes revêt un caractère d’urgence mondiale. Certains visionnaires comme Ariel Stern, CEO et co-fondateur d’Ayyeka Technologies en Israël, proposent des solutions de nouvelle génération basées sur l’Internet des objets (IoT) et la surveillance à distance. Celles-ci permettent de créer des réseaux d’infrastructure intelligents et cybersécurisés et de contribuer à relever certains défis comme la gestion des eaux usées, un enjeu que Wavin connaît parfaitement.

Ariel Stern - Sensibiliser les décideurs d’infrastructures essentielles à la réalité de leurs réseaux pour leur permettre de prendre de meilleures décisions au bon moment.

Ariel Stern, ingénieur électricien de profession, est le CEO et co-fondateur d'Ayyeka Technologies, une société qui vend des solutions de nouvelle génération pour l’Internet des objets et la surveillance à distance permettant de créer des réseaux d’infrastructure intelligents et cybersécurisés.

Ayyeka fait figure de proue quand il s’agit d’associer des technologies logicielles basées dans le cloud à des technologies plug-and-play de création et de recueil de données matérielles dans le but de desservir le marché de l’Internet des objets industriel (IIoT). La technologie d’Ayyeka livre en toute transparence des données de terrain aux décideurs. Elle leur permet ainsi d’optimiser l’efficacité environnementale, de gagner en conformité et de surveiller en temps réel l’état des infrastructures essentielles.

La gestion intelligente et en temps réel des eaux usées est essentielle à la prévention des risques sanitaires et de sécurité. Elle inclut la surveillance des niveaux d’eau, qui prévient la pollution et les débordements coûteux en décelant la présence de gaz corrosifs avant que ceux-ci n’endommagent les conduites, en identifiant les pompes défectueuses et en signalant d’autres urgences aux stations de relèvement et ailleurs.
Ayyeka Technologies

Un exemple concret : Cincinnati

Le projet mené par Ayyeka dans la ville de Cincinnati, en Ohio (États-Unis), fait partie de ses projets phares et permet de mieux comprendre son activité. La ville souffrait de problèmes de grande ampleur causés par le climat pluvieux et le débordement des égouts (effluents d’eaux mixtes dans la rivière Ohio). L’une des options consistait à construire des canalisations plus larges et à étendre la capacité des installations de traitement. Mais cela aurait pris des années et aurait coûté très cher, sans compter la complexité de la conception et de la construction. La deuxième option reposait sur une utilisation plus efficace des égouts existants. Mais pour cela, il fallait une solution technologique pour collecter et gérer efficacement les données de terrain. Les autorités de la ville ont rencontré Ayyeka au bon moment, et la société leur a proposé la technologie qui leur manquait.

Avec l’IoT, elles ont augmenté la capacité du réseau et abaissé leurs coûts d’exploitation (traitement des eaux usées). Elles ont fait des relevés sur les précipitations, le niveau et le débit dans les canalisations, ce qui leur a permis de prendre des décisions en temps réel pour dévier les flux. Ces chiffres permettent aujourd’hui aux autorités d’ouvrir et de fermer des vannes afin de guider les flux vers les zones qui peuvent les accueillir.

Le rythme du changement

Les réseaux d’approvisionnement sont des infrastructures essentielles qui vieillissent, sont la plupart du temps déconnectées (moins de 1% des équipements distants le sont), font l’objet d’une réglementation poussée et sont soumises à rude épreuve (changement climatique, urbanisation). Dans le secteur des infrastructures/approvisionnements en eau et en énergie, la transformation numérique se fait attendre depuis des décennies. Tout est une question de délais, et les États-Unis ne sont pas logés à la même enseigne que l’Europe. On ne peut pas tout mesurer ou mettre en œuvre en trois mois. Les services d’approvisionnement évoluent sur des périodes de plusieurs années. Chez Wavin aussi : il faut tout ce temps pour commercialiser une nouvelle solution. La société Wavin a 65 ans, et elle continue de se développer. Son évolution ne s’est pas non plus faite du jour au lendemain (l’entreprise a commencé avec les canalisations d’eau potable sous pression). Ce n’est pas que les services d’approvisionnement refusent d’évoluer, mais leur activité prend du temps : cycles budgétaires, cycles d’achat, forces politiques. Ils avancent, mais à leur rythme.

Moi, je suis d’une autre génération : je fonctionne plus vite pour plein de choses, je consulte ma boîte mail toutes les deux minutes, etc. Mais j’ai appris à changer de perspective. Le jeune Israëlien que je suis doit se faire violence. Mais dans mon entourage, des personnes de bon conseil et des collègues plus âgés me disent : « Ariel, dans la vie, les grands projets prennent du temps. ». Aujourd’hui, j’ai accepté ce rythme. J’ai appris à aimer le secteur des approvisionnements en eau et en énergie. C’est un secteur restreint, mais avec des gens fascinants, que je rencontre sans cesse. C’est une activité qui engage les personnes, une activité proche des gens. Dans les interactions B2B/Utility, nous avons des relations très étroites. Comme ma relation avec Wavin. Après m’être brièvement présenté, j’ai été invité à un événement. J’ai rencontré le CEO au bar au moment de la happy hour et j’ai aussi rencontré tout un tas d’autres personnes. Et nous nous connaissons déjà à un niveau personnel C’est incroyable ! Ça me plaît. Le plus important, dans la vie, ce sont les relations sociales. Au travail aussi. C’est ce qui me donne tous les jours la motivation, y compris au sein de ma propre entreprise.

Ce que le secteur doit changer

L’équipe d’Ariel a mis le doigt sur un fossé. L’étape d’introduction d’un projet peut aller très vite : réaliser un projet pilote est aisé, pour une grande entreprise comme pour une petite. Mais à l’étape intermédiaire (entre l’évaluation du projet pilote et le déploiement), il manque quelque chose. Il y a un fossé entre ce que les grandes entreprises existantes sont capables de proposer et ce que les entreprises plus récentes (comme Ayyeka) ont à offrir. Les clients sont ouverts à la perspective d’étudier de nouvelles solutions avec des entreprises plus jeunes. Toutefois, lorsqu’une belle opportunité se présente, ils se tournent tous vers leurs fournisseurs actuels ou habituels. Récemment, alors que je travaillais avec Wavin, on m’a présenté un projet aux Pays-Bas pour lequel Wavin était invité à fournir une solution numérique/intelligente de drainage. Les ressources numériques, c’est notre spécialité. Mais le client se sentait tout de même plus à l’aise à l’idée de collaborer avec Wavin. Wavin est une société néerlandaise qui fait avancer les choses et en laquelle on peut faire confiance, alors je comprends tout à fait. Cela veut dire qu’Ayyeka doit s’adapter et collaborer davantage avec des entités plus grosses comme Wavin, ou convaincre le client final de nous choisir comme précurseur. En l’occurrence, nous avons choisi la première option pour combler cette lacune. Je pense que le secteur devrait davantage accepter de collaborer avec des entités plus jeunes, même si je comprends la difficulté (nombreuses contraintes et poids des réglementations). Nous devons nous adapter au fonctionnement du secteur.

Ne pas sous-estimer les efforts à fournir pour le confort des autres. Mais la vie est fragile. Une catastrophe peut tout faire basculer. Il ne faut rien considérer comme acquis. Dans le domaine des infrastructures, nombreux sont les talents qui consacrent leur vie au confort des autres. Ils y travaillent 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Lorsque vous tirez la chasse d’eau, ce que vous ne voulez plus voir disparaît, n’est-ce pas ? Eh bien, que se passerait-il si ça restait là ?
Ariel Stern

Comment sensibiliser le consommateur final (les habitants des villes) à l’importance du secteur

Aux Pays-Bas, par exemple, avoir l’eau courante, un système d’égout et l’électricité va de soi. Ce sont des choses que la plupart d’entre nous considèrent comme acquises. Jusqu’à ce qu’un problème surgisse (une inondation, p. ex.). Le changement climatique faisant évoluer les schémas météorologiques et leurs conséquences, la population est plus consciente de l’importance des services de l’eau et de l’énergie. Cela explique pourquoi l’on souhaite investir davantage dans ce secteur. Par exemple, les feux de forêt aux États-Unis et en Australie sont en partie causés par le mauvais entretien du réseau électrique. Nous sommes nombreux à prendre pour acquis les services rendus par les employés de ce secteur. Et puis, un jour, un problème survient. C’est à ce moment-là que nous apprécions vraiment leur aide. À bien des égards, ce sont les héros insoupçonnés de nos villes !

 

Les villes intelligentes incarnent l’avenir

Le terme de « ville intelligente » est plutôt un concept de relations publiques. Qu’est-ce que c’est, une ville intelligente ? Est-ce une ville truffée de caméras de surveillance ? Entre parenthèses, ce serait une idée très perturbante... Non. C’est une ville où l’on est prêt à écouter, à s’adapter et à réagir. Comme Cincinnati, par exemple, qui possède aujourd’hui le système d’évacuation des eaux usées le plus sophistiqué des États-Unis. Les autorités n’ont pas simplement de projet à la mode de ville intelligente. Elles agissent, point à la ligne. Autre exemple : la nouvelle rigole de Wavin. Elle n’a pas d’électronique intégrée. Alors peut-on dire qu’elle est intelligente ? Si vous vendez de nouvelles solutions impliquant des systèmes de nettoyage avancé en plastique plutôt qu’en béton, vous vendez des solutions intelligentes. L’intelligence, c’est la volonté de s’adapter. Le numérique en fait partie, mais ne fait pas tout.

Changer la donne

L’activité d’Ayyeka se situe à l’opposé de celle de Wavin. D’un côté, il y a des solutions numériques ; et de l’autre, des produits de terrain (des canalisations ou des rigoles qui sont restées déconnectées pendant des décennies). Nous n’avancerons qu’en travaillant ensemble. Pour Ayyeka, Wavin représente la dernière pièce du puzzle. Ariel et son équipe ont compris que les grandes entreprises avaient besoin de solutions plus efficaces pour connecter et numériser leurs produits : les produits de sociétés comme Wavin, mais aussi d’autres acteurs majeurs sur l’ensemble de la chaîne de création de valeur dans le cycle de l’eau (pompes, canalisations, automatisation, communication, opérateurs). Ayyeka est en train de changer la façon dont les gens voient les services d’approvisionnement. La société rend service aux communautés et les rend plus heureuses.

Pour Ariel, Wavin et Orbia font les choses bien : « On peut décrire son activité de manière ennuyeuse, à la façon d’un dictionnaire, en utilisant des mots comme canalisations, irrigation, fluor, etc. Mais on peut aussi dire : "notre activité fait partie intégrante de la civilisation". Comme chez Ayyeca. Oui, nous faisons de l’IoT et toutes sortes de choses très techniques. Mais nous rendons aussi service aux villes comme Cincinnati et beaucoup d’autres. Nous sommes sur la bonne voie. »

Il n’y a rien d’autre à ajouter.