Source: Centro Argentino de Ingenieros.

mardi 15 septembre 2020

Garantir un approvisionnement en eau efficace et sain – une interview de Pablo Bereciartua, ministre argentin des Ressources en eau.

Il n’y a pas de vie humaine sans eau. Les Nations unies estiment que l’accès facile à une eau potable et saine fait partie des droits fondamentaux de l’homme. Chez Wavin, nous le savons bien. Toutes nos actions tendent vers un seul but : empêcher la contamination et les pertes d’eau par les fuites dans les infrastructures vieillissantes, et améliorer la qualité et la performance des réseaux d’approvisionnement en eau. Nous nous sommes fixé pour mission de proposer des solutions destinées à garantir un approvisionnement en eau efficace et sain. Pour ce faire, nous nous engageons dans des partenariats et des échanges d’idées avec d’autres acteurs qui partagent cette vision. Pablo Bereciartua, ancien ministre argentin des infrastructures et de la gestion de l’eau, en fait partie. Il a été l’initiateur du Plan national de l’eau potable destiné à légiférer sur l’approvisionnement en eau et son assainissement, la lutte contre le changement climatique, l’extension des frontières agricoles et la gestion des grandes infrastructures, quatre aspects dont le développement économique durable repose sur l’enjeu central de l’eau. Nous apprenons par l’exemple.

Pablo Bereciartua – L’eau est à la base du développement économique durable

Pendant plus de dix ans, celui qui fut ministre des infrastructures et de la gestion de l’eau de décembre 2015 à décembre 2019 en Argentine a mené des centaines de projets d’infrastructures pour l’acheminement de l’eau dans tout le pays. Dans le secteur public, Pablo Bereciartua a aussi occupé le poste de Directeur des infrastructures pour la ville de Buenos Aires. Il y a été confronté aux immenses défis de l’application des nouvelles technologies aux infrastructures de la ville et de la région, ainsi qu’aux opportunités ainsi offertes. Pablo est également fondateur et CEO de BerecoLabs, une start-up spécialisée dans l’innovation, la technologie et la gestion. Bereco utilise de nouvelles technologies et approches telles que le big data, l’Internet des objets (IoT) ou l’intelligence artificielle pour mieux comprendre le monde qui nous entoure et en particulier les villes et les infrastructures.

L’appel de l’Argentine à agir pour la gestion durable de l’eau

EL’Argentine compte 44 millions d’habitants, parmi lesquels 8,2 millions n’ont pas accès à l’eau potable et 20 millions n’ont pas de système d’assainissement. Le pays devra investir jusqu’à 21 milliards de dollars US pour combler l’écart entre les chanceux et les autres. Il devra aussi relever d’autres défis : les récentes catastrophes naturelles ont révélé au grand jour le problème de la gestion inappropriée des ressources hydriques et des entreprises d’approvisionnement, qui sont incapables d’assumer les frais d’exploitation et ont du mal à fournir des services de qualité.

Pour s’attaquer à ces défis, Pablo Bereciartua et son équipe ont mis sur pied le tout premier programme de gestion de l’eau du pays. Ce programme s’articule autour de quatre axes de développement :
1. l’eau, l’accès à celle-ci et son assainissement ;
2. l’adaptation du pays au changement climatique ;
3. l’extension des terres agricoles (développement des zones à précipitations insuffisantes) ;
4. les grandes infrastructures (barrages, aqueducs).
Le programme propose également un nouveau cadre réglementaire qui aidera les sociétés d’approvisionnement à améliorer leur situation financière et encouragera l’innovation ainsi que la participation du secteur privé à la résolution de ces défis. Par des mesures incitant à une utilisation plus efficace de l’eau, le modèle de l’économie circulaire peut contribuer à la réalisation de ce programme.

En dépit du progrès, des milliards de personnes n’ont toujours pas accès à une eau saine, à son assainissement et au lavage des mains. Nous devons absolument utiliser l’eau plus efficacement et mieux la gérer si nous voulons répondre à la demande croissante, aux menaces qui pèsent sur sa salubrité et si nous voulons résister aux sécheresses et aux inondations, que le changement climatique aggrave et multiplie. La plupart des pays du globe n’auront certainement pas fini de mettre en place un système intégré de gestion des ressources hydriques avant 2030.
, Édition spéciale de l’ONU sur l’avancement des objectifs de développement durable

Axe d’innovation – Buenos Aires

Buenos Aires est la capitale de l’Argentine et sa ville la plus étendue (elle couvre 100 km sur 50). Elle abrite environ 14 millions d’habitants, dont 4 millions n’ont pas l’eau courante et 6,5 millions ne sont reliés à aucun  système sanitaire. Ces 50 dernières années, sa population a été multipliée par dix. Malgré cela, il n’y a pas eu d’investissement dans les systèmes d’évacuation des eaux usées et beaucoup d’habitants ont recours à des solutions septiques, sources de pollution des eaux souterraines. Toutes les infrastructures existantes ont besoin d’être entièrement rénovées. Qui plus est, les égouts de la plus grande (mais aussi la plus pauvre) région métropolitaine (les bidonvilles) n’ont fait l’objet d’aucune planification.

L’AySA (Agua y Saneamientos Argentinos, entreprise nationale d’approvisionnement et de traitement de l’eau), est le premier consommateur de cette énergie à Buenos Aires : sur les 25 000 canalisations qu’elle possède, la moitié fuit. Selon Pablo Bereciartua, le recours à des compteurs et au numérique « apporterait un gain d’efficacité non négligeable à la société, mais profiterait encore plus au secteur énergétique du pays. » Par conséquent, la transformation du réseau d’approvisionnement et de traitement d’AySA résoudrait aussi le problème de l’énergie.

La proposition de Pablo (en décembre 2015) consistait en un projet à grande échelle destiné à inclure dans le réseau d’AySA toutes les populations (défavorisées) de la zone urbaine de Buenos Aires. Cela représentait 4 millions de personnes à relier progressivement au réseau (soit 1,5 million de nouveaux raccordements), à raison d’une commune tous les 45 jours. Ce projet titanesque prévoyait un forage sur 60 m de profondeur, puis un tunnel de 12,5 km de long sur 5 m de large afin d’installer les canalisations !  Buenos Aires est ainsi devenue le terrain d’essai de l’innovation. Mais comment et où allait-on trouver le financement pour un projet aussi ambitieux ? Parmi les méthodes et les sources de financement envisagées figuraient l’augmentation des tarifs, des comptes plus connectés, le retrait d’AySA du bilan de l’Argentine (une décision historique) et l’émission d’un emprunt à la Bourse de Londres (la levée de fonds visait 500 millions, mais le projet en a obtenu 2,1 milliards !).

Selon Pablo, « un gouvernement doit donner la priorité à ses citoyens ». Et dans un pays comme l’Argentine, il est important d’être connecté, ouvert au monde et transparent, d’échanger des idées, des business models et des solutions technologiques innovantes et de nouer de nouveaux partenariats avec le privé. Par exemple, Pablo constate que la conférence AIWW (Semaine internationale de l’eau à Amsterdam) « offre à l’Argentine une opportunité à saisir pour apporter sa contribution dans la gestion de l’eau. » « Nous considérons les Pays-Bas et la ville d’Amsterdam comme des acteurs de pointe sur les questions des infrastructures, de la durabilité, du changement climatique et de l’eau, poursuit-il. Nous apprécions grandement qu’il nous soit donné de participer à cet événement mais aussi d’en profiter pour partager nos idées, écouter les autres et explorer les options de partenariat avec d’autres pays. »
Nous sommes arrivés à une étape passionnante de notre histoire, où nous avons la possibilité de relever plusieurs grands défis en même temps. C’est maintenant qu’il faut donner la parole à ceux qui veulent innover en ayant un immense impact sur la société. C’est ce que je chéris le plus. Je voulais aussi dire que j’aime vraiment ce que font Orbia et Wavin. Je suis en contact avec Orbia/Wavin au Mexique et en Colombie, et nous échangeons des idées. Nous discutons de projets d’infrastructures et je pense qu’Orbia/Wavin est unique dans ce sens, avec sa force de frappe mondiale, sa grande implication dans les pays d’Amérique latine et ses ambitieux projets d’innovation.
Pablo Bereciartua

Plan national de gestion de l’eau : à quoi ressemblera le futur ?

Pour Pablo, la réponse est claire. Il faut en premier lieu combler les écarts au niveau des infrastructures. C’est au bas de l’échelle que ces écarts se font le plus sentir : dans les bidonvilles, qui s’étendent de manière exponentielle. Il faut vraiment accélérer le rythme de la livraison et du déploiement des solutions et des services à la population. Mais surtout, Pablo rappelle « qu’il faut améliorer nos villes, qui sont aujourd’hui la réponse à la mondialisation. C’est là qu’a lieu l’innovation. Nous pouvons même nous appuyer sur des choses aussi basiques que l’eau et son assainissement comme moteurs d’innovation, avec le big data, les algorithmes ou la fibre optique. Nous devons aussi considérer le système d’assainissement comme un complément à la politique de santé du pays et utiliser l’IoT pour surveiller la santé de la population. »

Il n’y a pas de vie humaine sans eau, mais il n’y a pas de civilisation sans eau potable propre et sûre.
Nations unies , objectif de développement durable n° 6

Ce qui compte vraiment

Pour la première fois depuis 75 ans, le gouvernement argentin s’est engagé dans un projet titanesque de construction d’un réseau d’approvisionnement et de traitement de l’eau destiné à changer la vie d’au moins 4 millions de personnes. L’un des plus importants projets de ce type au niveau mondial. Il a débuté en juin 2016, et conformément au calendrier, il était achevé à 70 % en décembre 2019. Comme le dit le vieil adage, à cœur vaillant rien d’impossible. 4 millions d’habitants ont vu leur vie changer à jamais, car les robinets sont enfin ouverts désormais !